L'ombre et la lettre

Publié le 19 avril 2013 dans Des oeuvres

J’ai été fascinée quand j’ai appris que Henry Fox Talbot avait, au cours de ses expérimentations, sensibilisé du papier à lettres en vue de réaliser ce que plus tard on nommera rayogramme, schadogramme ou encore photogramme tant sont nombreux ceux qui  en réclament la paternité.

J’y voyais à la fois la possibilité latente du langage au cœur même de l’image et en même temps sa mise en parenthèse au profit de l’image.

 

Echo inversé aux épreuves non fixées, et donc  entièrement noires à leur arrivée, que Nicéphore Niepce envoyait entre 1816 et 1826 à son frère Claude, qui se trouvait à Londres. Dans les lettres jointes aux épreuves, Nicéphore décrit ce qu’il a entraperçu, ce qu’il a réussi à reconnaître avant que la lumière ne brûle les formes. Claude n’a qu’à rêver l’image qui lui est décrite.  

 

D’un glissement, d’une assonance, le très beau texte de Bruno Duborgel qui tente de faire le tour d’une œuvre de Soulages, le peintre de l’outre-noir.  Il cherche ses mots, tentative après tentative, distance après distance, formulation après formulation, comme sur le mode de la caresse, dans une « fréquentation vivante » de cette « planche noire de lumière ».  « Brûler en cercle […] autour de ce bloc d’inconnu [que les mots] fréquentent en le maintenant tel ».

 

Hiératique et vibrante, géométrique et veloutée, telle est, en reflet, l’œuvre photographique d’Hiroshi Sugimoto, qui étale du temps devant nos yeux.  Deux rectangles gris, ou noir-blanc et blanc-noir, un gris tremblé, comme un lavis, dont la démarcation parfois s’indétermine et se résorbe. Un ciel. Une mer. Etroit seuil de perceptibilité. Juste une transformation minimale, diffuse,  mais continue. Même ses architectures, ses formes géométriques, ses photographies prises dans des musées d'histoire naturelle ou des musées de cire, toutes frisonnent légèrement, rendues au mouvant et au procès discret mais ininterrompu du temps. Redonner frémissement à l’immobile. Choisir un cadre rigoureux, puis laisser le temps s'écouler, le laisser transformer et se rendre visible. 

 

Découverte amusée, Sugimoto collectionne les négatifs d'Henry Fox Talbot.

 

 

 

Tiphaine Buisson

 

 

Bruno Duborgel, Pierre Soulages, la planche noire de lumière, chez  Jean-Pierre Huguet Editeur, collection Les Sept Collines, 2005

 

Photographie : Hiroshi Sugimoto

court film sur Sugimoto sur la médiathèque des Rencontres

 

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